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Bahrami: "Federer est un artiste"

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  • 04 Juin 2016
Bahrami:

Mansour, vous disputez une nouvelle fois le Trophée des Légendes Perrier, une compétition très appréciée par le public...
Pour notre premier match, mercredi, sur le Court n°1, il y avait encore une très belle ambiance. C'est vrai qu'il y a souvent plus de monde sur nos rencontres que pour certaines rencontres du double dames, ou même du double messieurs. C'est super, moi ça me donne beaucoup d'énergie pour aller sur le court, de voir autant de monde. C'est magnifique.

Qu'est ce qui attire le public ?
Ils viennent voir les joueurs qu'ils ont aimés auparavant. Pour ma part, je les fais rire. Ma priorité, ça a toujours été de donner du plaisir aux gens. J'ai toujours sacrifié le résultat à la beauté du jeu. C'est le plaisir qui attire les gens. Parfois, je vais sur le court, alors que j'ai mal un peu partout, mais une fois que je vois la réaction du public, j'oublie toutes mes douleurs.

C'est ce qui manque aux joueurs actuels, cette notion de plaisir ?
Non, je trouve que les joueurs actuels font leur boulot, et ils le font très bien. Leur métier, c'est de jouer au tennis. Aujourd'hui, tu ne peux pas te permettre d'être n°1 mondial et d'entrer sur le court et rigoler. C'est impossible. Quand j'ai commencé à jouer au tennis, il n'y avait pas d'argent. Je n'ai pas commencé à jouer au tennis pour devenir riche, mais parce que j'aime ce sport. C'est ma passion, c'est mon amour. Et puis ça restait un jeu. Je n'ai jamais pris de leçon de tennis. J'ai appris tout seul en regardant les autres jouer. Je jouais avec un balai, une pelle. Et quand je gagnais un match ou un tournoi, on me donnait une raquette, une coupe ou autre chose. Aujourd'hui, si tu commences à jouer au tennis et que tu as un bon avenir, dès 10-12 ans tu es entouré par des tas de gens, des agents, qui pensent tout de suite à gagner de l'argent. Ils ne te laissent pas faire n'importe quoi...

On voit que Djokovic montre peu d'émotions sur le court, mais arrive à se détendre et à faire le spectacle après la balle de match. C'est le maximum qu'on puisse faire ?
 Oui, tout à fait. Djokovic essaye de faire des choses, mais en dehors du tennis. Quand il joue, il est à fond. Il est joueur de tennis. Moi, j'ai fait du théâtre. J'ai toujours fait ça, et j'ai perdu beaucoup de matches, en voulant faire plaisir. C'est un choix. Je m'en foutais de gagner de l'argent. Je voulais surtout gagner en faisant rire. Parfois j'y arrivais. Souvent, je n'y arrivais pas.

C'était une autre époque...
Quand je suis arrivé en finale en double, ici, j'ai dû gagner 15 000 euros. Cette année, c'est 500 000 euros. Cela n'a rien à voir. Aujourd'hui, une victoire au 1er tour en simple, c'est 60 000 euros. Nastase, quand il a gagné le tournoi en 1973, il a gagné 5 000 dollars.

Vous ressentez la nostalgie des spectateurs par rapport à cette époque ?
Les gens viennent nous voir, nous dire que c'était fabuleux. On m'a déjà dit: "Mansour, ma femme n'aimait pas le tennis, mais depuis qu'elle vous a vu elle joue au tennis. Mon fils aussi." Peut-être que c'est de la nostalgie. Avant, il y avait des joueurs comme McEnroe, Jimmy Connors, Nastase, Yannick Noah. Il se passait toujours quelque chose sur le court. Ce n'était pas toujours agréable. Nastase, quand il était n°1 mondial, il insultait le public. Mais il y avait des gens qui anticipaient, qui parfois l'insultaient aussi. Ça mettait l'ambiance. Mais c'était toujours plein. Aujourd'hui, il y a tellement de règlements que les joueurs, s'ils commencent à dire quelque chose, c'est tout de suite warning, point de pénalité...

Quand vous dites qu'il pouvait tout de passer sur un court, avec les joueurs d'aujourd'hui, on pense plutôt à Benoît Paire, Fabio Fognini ou Ernests Gulbis. Ce ne sont pas des joueurs du Top 10...
Ce n'est pas seulement lié à ça. Ils font à leur truc à fond. Parfois, en s'énervant, ils arrivent à gagner... ou le match leur échappe totalement. Fognini, c'est un superbe joueur, mais il ne sera jamais n°1 mondial parce qu'il n'a pas le tennis pour être n°1. Si tu commences à faire "Vaff...", à insulter tout le monde, c'est bien pour le spectacle mais pas pour lui...

Est-ce que les champions d'aujourd'hui, les Federer, Djokovic, Nadal, on les verra encore sur le court dans 10-15 ans pour le Trophée des Légendes ?
Je crois que oui. Federer, s'il veut jouer l'année prochaine, il est le bienvenu, il a 35 ans (rires). Dans 5-6 ans, ils seront là. Les Federer-Nadal d'il y a 10-15 ans, ils sont là aujourd'hui. On a beaucoup d'anciens n°1 mondiaux (McEnroe, Wilander, Ferrero, Moya...), d'anciens vainqueurs de Grand Chelem, de Coupe Davis...

On peut jouer au tennis jusqu'à quel âge ?
Certains ne peuvent plus. Mon ami Boris Becker, il aimerait bien jouer, il ne peut pas, alors qu'il a 12 ans de moins que moi. Kuerten aussi, il aimerait venir. Le tennis, c'est super, mais ça abime. Il y en aussi qui peuvent jouer, mais personne n'en veut ! Moi, je ne demande rien, mais on me demande de venir jouer. Il y a d'autres joueurs beaucoup plus forts que moi, qui aimeraient jouer, mais on ne les invite pas.

Et l'après Federer-Nadal, qu'est-ce que cela vous inspire ?
C'est la question qu'on posait déjà il y a 40 ou 50 ans, sur l'après Rod Laver, Rosewall... Puis encore après Connors et Nastase... Mais ça va continuer. Il y aura d'autres Federer et Nadal.

 Seront-ils aussi aimés du public ?
Peut-être qu'ils seront moins spectaculaires. Il y en a qui seront comme Murray aujourd'hui, d'autres comme Federer. Des comme Federer, je ne pense pas qu'on va en trouver énormément. C'est un artiste.

Malgré ses succès, Djokovic reste très en deçà de la cote de popularité de Federer et Nadal...
A un moment ou un autre, le public va être avec lui. Si le public sent qu'il ne gagnera peut-être jamais Roland-Garros, il va se mettre à l'encourager.

Et Nick Kyrgios, que pensez-vous de lui ?
J'aime bien ce qu'il fait. Mais il y a une chose que je ne comprends pas, c'est quand il dit qu'il déteste le tennis. J'ai envie de lui dire : "Fais autre chose." Moi j'adore le tennis. Je ne peux pas vivre sans. Je ne comprends pas Kyrgios. Et je ne le crois pas. Tu ne peux pas détester ton boulot et le faire à ce niveau-là, être dans les 20 meilleurs mondiaux. Ce n'est pas possible.

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