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Human after all

  • MOI CANDIDAT
  • 20 Mars 2017

Tout est huilé, tellement huilé qu'on dirait des machines, des robots, tout sauf des humains. Une chronique de Philippe COUSSIN-GRUDZINSKI

Human after all


Ils sont parfois calculateurs. Parfois manipulateurs. Parfois escrocs. Parfois malhonnêtes. Parfois tous pourris. Ils enchaînent les matinales, les radios, les télés, les déplacements dans des usines de camembert le matin, sur une dalle de béton de banlieue l'après-midi, dans une start-up parisienne le soir. Ils serrent un nombre incalculable de mains, ils font un nombre incalculable de sourires, toujours habillés, toujours bien mis, rien qui dépasse, chaque mot choisi. Tout est huilé, tellement huilé qu'on dirait des machines, des robots, tout sauf des humains. 

 

Pourtant. Pourtant, quand ils nous parlent, en dehors du bruit médiatique, ils sont humains, comme nous tous. Ils en seraient presque attachants. Ils nous expliquent que la campagne, c'est physique. Que ça laisse des traces. Que parfois, ils ont voulu abandonner. Simplement parce qu'ils ont découvert, des mois après tout le monde, leur marionnette dans Les Guignols. Que parfois, ils ont pleuré. Pleuré parce qu'ils découvraient que la vraie France, ce n'était pas la rue de Grenelle. Pleuré devant la joie, devant l'hospitalité de petites gens qui n'ont rien et pour qui c'est normal, banal, de vivre parmi les rats. En France. Au XXIème siècle. Ils nous expliquent qu'ils se sont battus. Physiquement battus. Après un accident. Après des nuits de deux heures pendant des mois. Après avoir été moqués pour leur accent. Pour un geste. Pour un mot. Pour un coup de gueule. Voire pour leur sexe. Pendant des mois. Parfois, ils ont des séquelles à vie. 

 

Et puis il y a une jouissance. Une jouissance presque enfantine d'être en haut de l'affiche. Quand ils entrent sur les plateaux télé, quand le mur d'images s'ouvre, quand la petite musique vocodorisée retentit, quand le bouton on air s'allume, pour eux, c'est Hollywood, c'est Kate et Léo réunis aux Oscars, c'est Madonna au Super Bowl, c'est Karl Lagerfeld qui salue au Grand Palais après son défilé. Prendre la Bastille, c'est un fantasme d'ado. C'est un rêve en soi. Avant la France, les gouvernements, les mesures, les réformes, les conseils des ministres et les bilans à défendre. Un rêve qui les fait palpiter, parce que oui, ça a quelque chose d'exceptionnel de se dire, sérieusement, un jour, qu'on veut devenir Président. 

 

Ils : évidemment, ce sont les politiques. Les politiques. Un terme générique, triste, gris, qui, finalement, n'a pas beaucoup de sens eu égard à leur investissement humain à tous. Des robots ? Peut-être. Mais human after all. De là à ce que les Daft Punk nous révèlent un jour que sous les masques, en fait… il y avait Giscard et Christine Boutin ? 

Philippe COUSSIN-GRUDZINSKI


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  • 20 Mars 2017
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