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Eloge de la cagole, par Philippe COUSSIN-GRUDZINSKI

  • CAGOLE FOREVER
  • 06 Févr. 2017

Finalement, la cagole, on a envie de la prendre dans les bras et de lever le poing avec elle. On a envie d’aller à un défilé habillé en cagole, comme un bras d’honneur au bon goût.

Eloge de la cagole, par Philippe COUSSIN-GRUDZINSKI

Quand on pense cagole, on pense string rose qui dépasse, ongles nailartés à mort, jean déchiré à outrance, sac léopard made in China, chaine de cheville, visage brulé par les UV, contrefaçon, monogramme en plastique partout. Loana et Liza Monet en sont les dignes représentantes, on se moque, c’est vulgaire, c’est pas classe, pas chic, pas Chanel.

 Sauf que quand on les regarde avec un tout petit peu de bienveillance, il y a chez la cagole une sensibilité. Comme des petites filles qui s’amusent avec leurs looks, sans en avoir forcément conscience. Ou alors si. Complètement. Elles le revendiquent. C’est voyant, c’est fluo, ça flashe, ça dérange. Elles rotent, pètent, disent "putain", traitent les mecs comme ils les traitent. Rien à foutre. La cagole ose. La cagole n’est surtout pas une putain. Une bimbo. Rien à voir.

 La cagole, c’est plutôt le féminisme du peuple, au sens noble. A force de se comporter comme un mec, la cagole se montre l’égale de l’homme. Parce qu’elle reprend les pires côtés de son homologue masculin. Parce qu’elle est beauf et fière. Elle clame son statut social là où d’autres en ont honte, parce qu’ils sont mal nés, parce qu’ils n’ont pas les codes. Et la fierté du peuple, à une époque où il est moqué, méprisé, manipulé par l’élite de campagne présidentielle en campagne présidentielle, est simplement indispensable.

 Finalement, la cagole, on a envie de la prendre dans les bras et de lever le poing avec elle. On a envie d’aller à un défilé habillé en cagole, comme un bras d’honneur au bon goût, aux vestiaires pour toujours gris, noirs, bien mis. La mode reprend d’ailleurs ses codes, au risque de lui faire perdre son authenticité. Parce que la cagole s’en fout de s’habiller chez Céline, Versace, ou Balenciaga, elle préfère les pompes à 20 balles et seul son vernis à ongle s’appelle Louboutin. Elle se fiche d’avoir un ou plusieurs SMICS sur elle, ce qui compte, c’est l’attitude, ce qui compte, c’est le doigt.

 Alors, chèr(e)s cagoles, cœur avec les mains, on vous aime, restez comme vous êtes, ne changez rien, continuez à nous faire des doigts : on aime ça. Et à l’heure où on débat encore de l’IVG, en 2017, cherchez l’erreur, le monde en a sacrément besoin, de vos doigts. Un bon gros doigt, nailarté rose fushia, levé vers le ciel, vers les mecs, vers l’élite. Prends-toi ça, le bon goût. Bien profond. 

Philippe COUSSIN-GRUDZINSKI 

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  • 06 Févr. 2017
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