Haim Laurence

A la Maison Blanche

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Pierre Battu, Monsieur « French Tuesdays »

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  • 31 Janv. 2008
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  • Haim Laurence

David Brabyn / SIPA PRESS   Tout a commencé en 2003, lorsque Pierre et Gilles, deux copains...

 

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David Brabyn / SIPA PRESS

 

Tout a commencé en 2003, lorsque Pierre et Gilles, deux copains associés dans une boîte de textile, ont eu l’idée de réunir les Français de New York le mardi soir pour faire la fête. Aujourd’hui, ils sont à la tête d’une société d’événementiel qui pèse 1.6 millions de dollars de marge brute, emploie 11 personnes et opère à New York, Miami, Los Angeles et San Francisco. Nous avons rencontré Pierre Battu, l’un des papas des French Tuesdays, un mercredi après-midi. Ce n’est pas son jour préféré, mais il nous a quand même gentiment reçus pour nous parler de sa vie de Frenchie.  

 

Pour quelles raisons êtes-vous venu aux Etats-Unis ?
J’ai été envoyé à New York en 1998 comme expat’ par Arjo-Wiggins, la société de papeterie industrielle pour laquelle je travaillais. Au bout de deux ans, ils m’ont rapatrié à Paris. Le retour m’a vraiment déprimé. En 2001, j’ai démissionné pour repartir.

 

Qu’est-ce que vous aimez le plus chez les Américains ?
Leur capacité à créer de la valeur avec l’immigration. Ils font un travail remarquable d’assimilation, notamment avec les illégaux. Les gens viennent ici pour bosser, pas pour profiter du système. Tout le monde y gagne, car sans les millions de Mexicains qui travaillent pour six dollars de l’heure, l’économie américaine ne fonctionnerait pas aussi bien. Quant aux immigrés, malgré les conditions très dures dans lesquelles ils travaillent, ils sont fiers d’être en Amérique. Ce pays a cette capacité à fasciner les gens, même quand ils y sont ! C’est tout de même extraordinaire.

 

Et le moins ?
Leur manque de retenue. Ils n’ont aucun complexe ! Ceci est directement lié à leur éducation : depuis qu’ils sont tous petits, on tolère tous les comportements. Il faut voir comment sont élevés les gamins. Ils hurlent dans l’ascenseur, mais les parents ne disent rien, sous prétexte qu’ils s’expriment…

 

Qu’est-ce qui vous manque le plus de la France ?
La SECU, le chômage, et les femmes françaises… Ce sont les meilleures du monde ! Ici, il y a un côté exotique à sortir avec des Coréennes, des Indiennes ou des Ghanéennes, mais au bout du compte, c’est plus facile de tomber amoureux en français…

 

Et le moins ?
Les manifs ! A Paris, j’habitais à République, et je vous assure que je vivais un enfer. 52 fois par ans, la place était bloquée. Impossible de circuler. Ici, les gens sont civilisés : quand ils protestent, ils mettent des barrières, et ils n’emmerdent personne.

 

Votre candidat favori aux élections présidentielles ?
Nicolas Sarkozy (rires). Pourquoi, il n’est pas candidat ? On le voit partout : en Inde, en people, en citoyen fâché, en président voyageur, en agent provocateur, en amoureux transi…
ça ne peut être que lui !

 
A votre avis, quel est le chantier prioritaire du prochain président ?
L’Irak bien sur, ainsi que la dette publique, qui est gigantesque. Ce pays est en faillite. Avec un dollar fort, ils pouvaient encore s’en sortir, mais avec un dollar faible,
ça va être plus compliqué… La santé aussi. Que l’assurance maladie relève uniquement du domaine de l’entreprise privée et pas du social est une aberration.

 
Dans dix ans, vous serez en France ou aux Etats-Unis ?
Je pense aux Etats-Unis, à moins que nous ayons vendu notre boîte d’ici là
et que j’aille me la couler douce dans les Caraïbes…

 
Votre salaire par mois ?
10 000 dollars bruts, mais on n’a pas toujours pu se payer comme ca. A une époque, je louais une chambre dans Harlem qui était tellement petite que mon matelas touchait les 4 murs de la pièce! Sincèrement, on a bien galéré, Gilles et moi. Mais j’imagine que c’est la capacité à supporter cela qui fait le succès d’un entrepreneur.

 
Qu’est-ce que vous voudriez dire à ceux qui n’aiment pas l’Amérique ?
Je leur dirai de ne pas généraliser. Je comprends qu’on ne puisse pas aimer l’incarnation politique de l’Amérique, mais rejeter le pays en bloc est absurde. De toutes façons, il n’y a pas une Amérique, mais plusieurs. Et il y a tellement de choses qu’ils font bien : les bagels avec du cream cheese et du saumon, par exemple. Comment ne pas aimer
ça ?


Votre message à George W. Bush
Si seulement il avait pu être chanteur… ou magicien… tout, mais pas Président. Ce gars-là a surement des qualités. Dommage qu’il ne les ait pas utilisées ailleurs.


Votre message à Nicolas Sarkozy
Merci pour avoir rétabli un courant positif entre les Français et les Américains. C’était vraiment important pour nous qui vivons ici. Personnellement, j’ai ressenti beaucoup d’hostilité à l’époque du différend sur l’Irak : le chauffeur de taxi qui vous insulte, le concierge qui vous regarde de travers, des réflexions à la Poste, à la gym… Mais d’une certaine manière, cela a bien profité aux French Tuesdays. Nos compatriotes avaient un réel besoin de se retrouver.

 
Un conseil à tous ceux qui rêvent de s’expatrier.
Il ne faut pas hésiter à venir faire son marché sur place. Celui qui m’envoie son CV de France n’a aucune chance… Mais s’il vient frapper à ma porte, c’est différent. Sinon, venir faire un cycle d’étude aux Etats-Unis est un bon tremplin, car cela débouche sur un permis de travail d’un an. Idéal pour mettre le pied à l’étrier.


Propos recueillis par Claire Derville

 

Voir le site des French Tuesdays

 

 

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