Moundir: ''Le poker français, capitale de l'égo surdimensionné''
Le 22/02/12 à 14h34
Moundir, vous êtes ambassadeur du World Poker Tour à l'île Maurice (qui débute mercredi prochain). Comment s'est noué ce partenariat ?Sylvain (Liotard), l'organisateur du WPT Maurice, m'a contacté pour devenir l'un des ambassadeurs du tournoi en réalisant quelques vidéos sympas. La plupart du temps, les responsables des grands tournois, qui ont un égo surdimensionné, font appel à une élite, pas à des personnes qui peuvent toucher le grand public. J'ai trouvé la démarche de Sylvain très courageuse. Et puis, ce WPT va être très sympa, c'est le premier dans cette partie du monde.  Vous prêtez également votre nom à un tournoi au casino Barrière de Cassis, en mars.Oui, c'est un tournoi à 500 euros avec un bounty (une prime) sur ma tête à 500 euros. Joëlle Paoli, la chargé du développement et de la communication du casino, m'a proposé cet event à mon nom, je la remercie. C'est novateur et juste génial. Cela permettra peut-être d'attirer des gens de la classe populaire ou ce qu'on appelle la ménagère. J'espère que j'aurais l'occasion de participer à des évènements similaires par la suite. Depuis La Maison du Bluff, vous vous êtes fait une place dans le poker français. Est-ce que cela a été dur ?Déjà, à la différence d'autres célébrités, je savais jouer. Du moins j'avais des bases et j'étais passionné. Ma participation à La Maison du bluff a été un élément fédérateur à partir du moment où Alexis Laipsker m'a fait confiance et s'est battu pour m'avoir dans l'émission. NRJ 12 avait déjà fait deux émissions de téléréalité sur le poker. Avec La Maison du Bluff, on a créé le buzz. Et la 2e édition a été un nouveau succès. Dans ce poker, j'essaie de côtoyer des passionnés, pas des personnes égoïstes qui ont des responsabilités et qui ne font pas partager. En France, on met encore des barrières à des personnes, il y a parfois un manque d'ouverture d'esprit.''Les jeunes joueurs ne sont pas des exemples'' Avec quelles personnes vous entendez-vous le mieux ?Ma première grande rencontre, c'est évidemment avec Alexis Laipsker. Il m'a défendu et s'est battu pour me donner une chance. Après, ce poker français est la capitale de l'égo surdimensionné et il y a tout et n'importe quoi. Le premier pro qui est venu me voir, c'est Philippe Ktorza. Il est formidable. Nous avons lié une belle amitié. Par la suite, j'ai sympathisé avec Guillaume Darcourt et toute la Team PMU. Je n'oublie pas mes amis les Mousquetaires avec qui j'ai fait La Maison du Bluff. Vous semblez avoir plus de mal avec la jeune génération...Déjà, on apprend davantage auprès des anciens que des jeunes. Et puis la plupart des jeunes joueurs se la racontent. Ces joueurs ne sont pas des exemples, loin de là. Et je ne vois pas comment ça peut être le cas. Ils gagnent beaucoup, mais perdent aussi énormément et la plupart sont ruinés. Ils ne pensent qu'à faire la fête n'importe comment après leur journée de poker. Ce n'est pas sérieux. J'en vois, parfois, qui se regroupent à 30 dans une chambre avec leur portable. Ils ne s'ouvrent pas aux autres. D'ailleurs, aident-ils des associations ou des clubs de poker par exemple ? Dans quels domaines pensez-vous avoir progressé ces deux dernières années ?Je n'ai pas joué beaucoup de tournois. J'ai eu la chance d'être invité pour disputer 2 EPT et 3 étapes des France Poker Series. Pour se mettre dans le rythme, il faut enchaîner les tournois, ce qui n'est pas évident sans sponsor. J'ai la chance, aujourd'hui, de profiter des conseils d'un grand champion, un vrai tueur qui a accepté de m'entraîner. Cela reste un secret pour l'instant, on fera peut-être une opération plus tard ensemble. J'ai repris mon poker à zéro. Je suis passé de très agressif à un jeu plus serré, voire très serré. Les choses avancent de ce côté-là. Sur Paris, j'apprécie particulièrement le Cercle Clichy-Montmartre. C'est un endroit familial, vraiment super. J'y vais deux fois par semaine, il y a des jolis tournois et bientôt la finale du Winamax Poker Tour. Malgré ça, vous n'êtes pas lié à un opérateur et vous n'avez pas fait appel à une agence de joueurs...Aujourd'hui, personne n'est prêt à me sponsoriser. PokerStars m'a soutenu au début. J'ai l'impression que l'on me met des bâtons dans les roues, car je sors du cadre de la téléréalité et peut-être parce que je suis trop bronzé. Et ce qui me faire marrer, ce sont ces agences de joueurs, parfois dirigées par des pseudo-agents qui jouent aussi. Ils ont plein de joueurs mais n'arrivent pas à les placer. C'est comme si un club de foot avait 50 joueurs professionnels dans son effectif et que seulement une quinzaine jouaient le weekend. Ces agences ne servent pas à grand-chose car les joueurs ne sont pas logés à la même enseigne. Mon ami Jérémy Guez a fait 100 000 euros de gains en 2011 et n'est pas sponsorisé. Le marché du sponsoring est peut-être fermé, ou alors son agent est simplement mauvais.''Donnez moi le sponsoring de Bruno Solo et on verra'' Vous évoquez votre couleur de peau. On note effectivement que peu de personnes issues des minorités sont sponsorisées. Nicolas Lambert l'est désormais après avoir gagné La Maison du Bluff...J'ai beaucoup de respect pour lui, il est très bon. Mais il s'appelle Nicolas, pas Moundir. S'il ne gagne pas la table finale de l'émission, jamais il n'aurait eu un contrat. Je m'appelle Moundir, j'ai un peu de barbe et j'ai l'impression que cela pose un problème. Une fois, lors de la finale des FPS, j'avais été éliminé sur une horreur. Sur le forum Club Poker, on m'a insulté. Je m'étais emporté et j'avais insulté cette communauté sur Facebook. J'ai dénoncé le modérateur, qui avait toléré ces propos inadmissibles. Qu'on me traite de fish, il n'y a pas de souci. Mais toucher mon intégrité, mes origines ou mes croyances, c'est complètement hors-sujet. Avec le Moundir Event, certains se demandent peut-être: ''Pourquoi lui ? Parce que c'est Moundir ?'' Or La Maison du Bluff avait fait très fort en terme d'audience et, depuis, on n'a jamais autant parlé de moi. J'ai un dossier de presse qui le prouve. Si des gens sont en quelque sorte bankables, il faut arrêter de les stigmatiser. On en parle beaucoup, mais Party Poker, qui ne sponsorise pas de joueurs en France, a donné 700 000 euros à Bruno Solo pour faire de la pub. Derrière, il n'y a rien. Combien de tournois a-t-il gagné ? Personne ne parle jamais de ses performances. Donnez moi le sponsoring de Bruno Solo et on verra. Je suis plus impliqué que lui. Quels sont vos objectifs sur le circuit ?Je suis un vrai passionné, croyez-moi, et j'ai envie de gagner, de faire une grosse performance. Je rêve de remporter un bracelet pour faire taire mes détracteurs. Il y a plusieurs étapes à franchir dans ce parcours. Ce sera progressif. Je suis dans le poker par esprit de compétition, pas pour devenir millionnaire. De toute manière, au poker, on ne gagne pas. Il y a plus à perdre. Un grand tournoi, c'est du Loto pendant 6 jours. Encore à Deauville, j'étais bien parti quand trois coups de malchance m'ont sorti du tournoi. Vous étiez coach sportif auparavant. Quel lien faites-vous entre le poker et le sport ?Le poker ne sera jamais un sport. La grande majorité des joueurs n'ont aucune préparation. Ils se bourrent la gueule avec une grosse quantité d'alcool. Le matin, c'est très rare de les voir à la salle de sport. Ce jeu n'a rien à voir avec une activité sportive. Il n'y a pas de fédération pour mettre un peu de cohérence dans les tournois. Le joueur de foot, à la fin de la saison, il peut proposer un bilan chiffré de ses prestations. Les joueurs de poker, eux, ne montrent que ce qu'ils ont gagné. Et l'argent qu'ils ont perdu ? Heureusement, il y a ElkY, qui est un grand champion avec une hygiène de vie. Il a fait des sacrifices.Et puis parlons des tournois Ladies, qui n'ont aucun sens. Les femmes font partie intégrante du jeu, elles peuvent venir jouer avec les hommes. Certaines sont plus que redoutables. Si on accepte les Ladies only, on fera bientôt des only gays, des only re-beu ou des only asiats. Le poker pense avancer, mais il recule sur de nombreux points. Dans ce jeu, il y a encore trop de personnes qui portent des jugements sans discuter.
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