FOOTBALLOGIE

Face au Real, Lyon a-t-il déjà perdu ?

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  • 22 Févr. 2011
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C’est l’heure. Ce soir, en son antre de Gerland, l’Olympique lyonnais reçoit le Real Madrid en huitièmes de finale aller de la Ligue des Champions (retour le 16 mars à Madrid). Footballogiquement, c’est joué d’avance. Dans quel sens ? C’est ce que je vais tenter de démontrer...Lire la suite

Face au Real, Lyon a-t-il déjà perdu ?

C’est l’heure. Ce soir, en son antre de Gerland, l’Olympique lyonnais reçoit le Real Madrid en huitièmes de finale aller de la Ligue des Champions (retour le 16 mars à Madrid). Footballogiquement, c’est joué d’avance. Dans quel sens ? C’est ce que je vais tenter de démontrer.

Vieille histoire, que ce Lyon – Real. Celle de la bouteille à moitié vide / à moitié pleine, en version radicale. On n’y fait pas les choses à moitié : la bouteille est soit totalement pleine, soit totalement vide.

Scénario n°1 : la bouteille pleine. Lyon est invaincu en six matches de Ligue des Champions contre le géant madrilène. En phase de poules en 2005-2006 (3-0, 1-1) comme en 2006-2007 (2-0, 2-2), avec Gérard Houllier sur le banc, idem en huitièmes de finales en 2009-2010 (1-0, 1-1) avec Claude Puel aux manettes. Bilan : trois victoires à domicile, trois nuls à Santiago Bernabeu. Vu comme ça, les Merengue n’ont aucune chance.

Scénario n°2 : la bouteille vide. José Mourinho, l’entraîneur du Real depuis le mois de juin 2010, est invaincu face à un club français en Ligue des Champions. Avec Porto contre Marseille en phases de poules (1-0, 2-3) en 2003-2004, contre Lyon la même saison en quart-de-finales (2-2, 2-0) puis Monaco en finale (3-0) ; rebelote avec Chelsea contre le PSG la saison suivante en phase de poules (0-0 à Stamford Bridge, 3-0 au Parc). Bilan : cinq victoires et deux nuls. Certes, ça date un peu. Mais cela ne laisse guère d’espoir aux Lyonnais.

De fait, quel scénario privilégier, sachant que la nécessité de posséder un « savoir » de l’épreuve est primordial ? Un savoir qui se décline sur un triple mode : celui des joueurs, celui de l’entraineur et celui du club lui-même.

Les joueurs ? Quatre des cinq dernières saisons ont vu le triomphe final d’une équipe dont au moins un membre l’avait déjà gagnée auparavant. Barcelone, en 2006, comptait dans ses rangs Deco, vainqueur 2004 avec Porto. Sur les onze titulaires de l’AC Milan vainqueur en 2007 de Liverpool, sept étaient déjà présents en 2003 lors de la finale d’Old Trafford contre la Juventus (0-0, 3-2 t-a-b). Quatre des vainqueurs de 2006 subsistaient dans le Barça de 2009. Enfin, l’Inter de 2010 avait dans sa manche un incroyable marqueur historique : Samuel Eto’o, déjà sacré avec le Barça en 2009 et 2006 !

Les entraineurs ? Sur les dix dernières saisons, cinq timoniers avaient déjà connu la victoire sur le banc : Ottmar Hitzfeld (Bayern 2001 après Dortmund 1997), Vicente Del Bosque (Real 2002 après 2000), Carlo Ancelotti (AC Milan 2007 après 2003), Alex Ferguson (Manchester United 2008 après 1999) et José Mourinho (Inter 2010 après Porto 2004). Trois des primo-vainqueurs avaient déjà triomphé auparavant en tant que joueur : Carlo Ancelotti (sur le banc du Milan en 2003, sur le terrain avec le même Milan en 1989 et 1990), Frank Rijkaard (sur le banc du Barça en 2006, sur le terrain avec Milan en 1989 et 1990 et l’Ajax en 1995) et Pep Guardiola (sur le banc du Barça en 2009, sur le terrain en 1992 avec les Blaugrana). Restent donc deux managers à s’être glissé ex-nihilo dans ce plaidoyer déterministe : José Mourinho (Porto 2004) et Rafael Benitez. Mais tous les deux avaient, l’année précédente, mené leur club à la victoire en Coupe de l’Uefa, avec Porto pour le Portugais, Valence pour l’Espagnol !

Les clubs ? Je serai bref : il faut remonter à 1997 pour trouver la trace du dernier vainqueur inédit, le Borussia Dortmund. Encore le club de la Ruhr avait-il à son palmarès une Coupe des Coupes (1966). Quant au dernier club champion d’Europe sans avoir jamais disputé auparavant la moindre finale européenne, il faut prolonger le voyage dans le temps jusqu’en 1986 pour le débusquer, avec la victoire du Steaua Bucarest du mythique gardien Ducadam contre le FC Barcelone (0-0, 2-0 t-a-b).

Revenons à notre histoire de la bouteille totalement vide ou totalement pleine. Côté lyonnais : nulle expérience de la victoire en C1 parmi les joueurs ou l’entraineur, aucune finale européenne pour le club par le passé. Côté madrilène : José Mourinho est l’un des trois hommes vainqueurs de l’épreuve sur le banc de deux clubs différents ; cinq de ses joueurs l’ont déjà gagnée (Casillas avec le Real en 2000 et 2002, Carvalho avec Porto en 2004, Alonso avec Liverpool en 2005, Kakà avec le Milan en 2007 et Ronaldo avec M.U. en 2008) ; le club détient le record de victoires en C1 (neuf). Autre chose ?

On pourra toujours objecter, à raison, que le Real Madrid, qui participe à la Ligue des champions depuis quatorze années sans discontinuer, reste sur une invraisemblable série de six éliminations consécutives au stade des huitièmes de finale. Et que depuis l’instauration de la formule actuelle, en 2003-2004, avec la suppression de la seconde phase de poules et son remplacement par les huitièmes de finale, le club merengue n’a gagné que quatre de ses seize matches à élimination directe, soit un misérable ratio victorieux de 25% ! En comparaison, le taux lyonnais est nettement plus flatteur : huit victoires en vingt-quatre matches sur la même période, soit un ratio de 33,33%.

Maintenant, affichons le ratio personnel dans l’épreuve de José Mourinho lors des matches à élimination directe, toujours depuis 2003 : trente matches pour quinze victoires, huit nuls et sept défaites, soit 50% de victoires. En Europe, seul Alex Ferguson, l’immuable manager de Manchester United, a fait mieux : 54%. 

En clair, Mourinho a plutôt tendance à remplir la bouteille qu’à la vider. Et si l’affaire me parait jouée d’avance, c’est dans le sens d’une qualification du Real Madrid. Mais je ne demande qu’à me tromper…

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