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Mormeck au pied d'une montagne

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  • 02 Mars 2012
Mormeck au pied d'une montagne

À 39 ans, Jean-Marc Mormeck s'apprête à disputer le combat de sa vie. Ce samedi soir, à l'ESPRIT arena de Düsseldorf, en Allemagne, il va tenter de ravir à l'Ukrainien Wladimir Klitschko ses multiples titres de champion du monde des poids lourds pour devenir ainsi le premier Français sacré dans cette catégorie. Présentation de ce défi colossal.

"Un combat n'est jamais perdu d'avance. Le seul combat qui soit perdu d'avance, c'est celui auquel on renonce". Du haut de ses 67 ans, Jean-Claude Bouttier, champion d'Europe des poids moyens EBU en 1971 et en 1974, cite Vaclav Havel, "président-philosophe" de la République tchèque de 1993 à 2003, quand on lui demande de pronostiquer le duel a priori déséquilibré entre Wladimir Klitschko (56-3, 49 KO) et Jean-Marc Mormeck (36-4, 22 KO), reprogrammé ce samedi soir dès 22h55 sur Orange sport, à l'ESPRIT arena de Düsseldorf en Allemagne. Après un rapide tour de table, on se rend compte qu'il n'y a pas pléthore d'experts qui voient Mormeck être le premier Français champion du monde des lourds, qui l'imaginent réussir là où ses compatriotes Georges Carpentier en 1921 puis Lucien Rodriguez en 1983 ont échoué. "Cela va être très, très, très, très compliqué", juge par exemple Mahyar Monshipour, champion du monde des super-coqs entre 2003 et 2006. "Il a 10 voire 5% de chances de gagner", estime de son côté Arnaud Romera.

Au cours d'un Stade 2, le journaliste de France Télévisions avait signifié à Mormeck qu'il était, selon lui, candidat au suicide. Vouloir défier Klitschko peut s'apparenter à un suicide, oui, lorsque l'on sait que l'Ukrainien est invaincu sur un ring depuis bientôt huit ans et une défaite par KO technique devant Lamon Brewster, le 10 avril 2004 à Las Vegas (États-Unis). Charles Biétry, directeur d'Al Jazeera Sport France, le dit "moins bon" que son frère aîné Vitali, champion WBC des lourds ? Déjà, on n'en a de fait aucune idée, les deux frangins ayant toujours promis à leur mère qu'ils ne s'affronteraient pas. Ensuite, ce diplômé en sciences sportives, d'où son surnom "Docteur Klitschko", détient quand même quatre titres mondiaux: WBA (première défense face à "JMM"), WBO (septième défense), IBF et IBO (onzième défense). Par rapport à "The Marksman" (le tireur d'élite en français), il est moins âgé (35 ans contre 39), mais surtout plus grand (198cm contre 181cm) et plus lourd (111kg contre 98kg).

Comme Evander Holyfield ?

"Il ne faut pas seulement être lourd et avoir du poids pour être un poids lourd, réfute Mormeck. Il faut aussi s'entraîner." C'est ce que le Guadeloupéen a fait un peu plus longtemps que prévu, ce championnat du monde ayant dû se dérouler à la base le 10 décembre dernier sauf que Klitschko a repoussé l'échéance en raison, officiellement, de calculs rénaux ("Il n'était pas prêt", assure Mormeck). À l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep) principalement, le boxeur tricolore a donc travaillé beaucoup le physique avec Stéphane Caristan, ex-champion d'Europe du 110 mètres haies, ainsi qu'avec son préparateur Frédéric Roualen ; et bossé un peu la "technico-tactique" au côté de Salif Cissé, qui était le sparring de Mike Tyson, Lennox Lewis, Hasim Rahman, Klitschko aussi à plusieurs reprises, et de l'illustre inconnu Tsanko Dobrekov, coach bulgare. "Jean-Marc a des chances, parce qu'il s'est préparé comme jamais, parce qu'il a certainement des armes physiques basées sur la vitesse, "l'explosivité" qui peuvent poser un problème au champion du monde ukrainien", pense Jean-Philippe Lustyk, qui commentera le match.

Bonne question: que va devoir faire Mormeck pour escalader cette montagne de l'Est ? "Il va falloir qu'il le colle, qu'il ne le lâche pas, qu'il reste dessus et qu'il ne reste surtout pas à distance, parce que leur gros point fort aux Klitschko, c'est l'allonge, la frappe, répond Anne-Sophie Mathis, championne du monde des poids super-légers WBA, WBIF, UBC et WBC. Forcément, ce sont des coups de marteau qui arrivent de plein fouet. Il va falloir qu'il fasse douze rounds à fond et qu'il ne lâche rien." Plus facile à dire qu'à faire. Brahim Asloum, ultime pugiliste français à avoir été sacré sur la scène internationale (chez les mi-mouches en 2009), poursuit: "En sachant que ce sera très, très dur, la tactique à adopter, c'est de bousculer Wladimir, de le perturber, de le mettre dans le rouge. C'est LA stratégie qu'il faudra adopter, je n'en vois qu'une seule devant un boxeur comme Wladimir, qui utilise ses atouts à merveille. C'est un bon test." Et un "rêve" pour Mormeck, lui l'ancien mi-lourds et lourds-légers, élève de Don King à Orwell dans l'Ohio en 2005 et dont la trajectoire rappelle celle d'un certain Evander Holyfield, champion du monde unifié des poids lourds-légers puis des poids lourds. "En espérant que je puisse avoir le même palmarès que lui", supplie "JMM". Ce n'est pas gagné, loin de là, mais ce n'est pas perdu d'avance non plus.

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  • 02 Mars 2012

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