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Le Bureau des Légendes : Interview avec Eric Rochant (Showrunner)

  • Creation Originale
  •  
  • 01 Mai 2016

La saison 2 du Bureau des Légendes arrive le 9 mai sur CANAL+. L'occasion pour Eric Rochant, le créateur de la série, de nous livrer quelques secrets sur cette saison riche en rebondissements…

Le Bureau des Légendes : Interview avec Eric Rochant (Showrunner)

Quel a été votre angle d’attaque pour cette deuxième saison ?

L’écriture a commencé quand nous étions encore en train de terminer la première saison. Nous nous sommes placés dans la continuité, à travers deux situations majeures. La première concerne le statut d’agent double de Malotru (Mathieu Kassovitz) qui s’est vendu aux Américains en échange de la mise en œuvre d’un processus pour libérer Nadia El Mansour (Zineb Triki). Celle-ci est tombée aux mains des Syriens à cause de lui. Pour racheter sa faute, il paie le prix fort : devenir un traître. La deuxième concerne l’envoi de Marina Loiseau (Sara Giraudeau) comme clandestin en Iran. Assez vite, nous nous sommes rendu compte que nous avions envie de lier les deux situations. Comme dans toutes les histoires de traîtres – avec comme référence LE PRINCE DE NEW YORK de Sidney Lumet, pour moi l’un de ses meilleurs films –, le héros espère mettre seulement un doigt dans la traîtrise, mais il s’y plonge tout entier. On ne peut pas négocier son degré de traîtrise. Malotru est obligé d’aller au-delà de ce qu’il pouvait imaginer, et Marina Loiseau se retrouve dans la boucle… L’histoire de cet homme est celle d’une damnation. Il sait qu’il ne pourra pas réparer sa faute, mais il essaie quand même. Dans cet univers, n’enfreignez jamais les règles, vous pourriez vous enfoncer dans l’enfer !

Les services secrets constituent un socle idéal pour ces questions morales.

Ce qui est intéressant dans les services secrets et dans la police – et qui a d’ailleurs été beaucoup exploré au cinéma – c’est la possibilité que, pour combattre le crime, il faille devenir un criminel. Les services secrets se salissent les mains. Si on y est employé, il ne faut pas se faire d’amis, ni s’attacher aux sources ou aux cibles, car on peut détruire la vie des autres en une seconde.

Dans cette saison, vous abordez plus frontalement les soubresauts liés à l’actualité, avec la question du Djihadisme, la Syrie, l’Irak, l’Iran…

Il ne s’agit pas de courir après l’actualité, ce serait illusoire. Pour réussir une série contemporaine sur les renseignements, mieux vaut montrer que les enjeux sont réels et sérieux. J’avais suivi le même raisonnement avec LES PATRIOTES. Comment montrer que les services de renseignements français servent à quelque chose ? Pour cela, il faut parler des conflits que chacun connaît. À un autre moment, nous aurions fait la série sans Daech. Mais pour la rendre crédible aujourd’hui, nous ne pouvions pas esquiver la question.

Vous imaginez un personnage de Djihadiste français parti en Syrie…

Quand nous avons commencé à écrire les épisodes, il avait été révélé que l’un des bourreaux de Daech était né en Angleterre. Ceux qui tranchent des têtes là-bas sont souvent européens. Nous évoquons cela. Au-delà de ce rapport à la réalité, ce qui me passionne tient avant tout à la question du point de vue. Le genre de l’espionnage permet d’épouser la vision d’un service de renseignements. En ce moment, il y a beaucoup de débats politiques ou idéologiques autour des enjeux liés au terrorisme, une bataille d’opinion ou chacun y va de sa représentation du monde et de sa passion. Je ne pense pas que le rôle du BUREAU DES LÉGENDES soit d’entrer dans le débat. Ce qui est intéressant, c’est que la vision d’un service de renseignements y est dépassionnée. Pas objective, mais lucide. Elle peut être considérée comme cynique ou froide, elle reste malgré tout fascinante. Le but des espions est de savoir ce que les autres cachent. Cette vision du monde désidéologisée fait partie de moi… Et en même temps, les agents du renseignement travaillent au service de la France. Ils sont censés l’incarner, défendre ses valeurs. Mais au nom de quoi ? C’est une piste que nous allons explorer de plus en plus.

Dans le cadre "dépassionné" de l’espionnage, la série laisse malgré tout une large place aux sentiments de ses personnages, qui bouillonnent intérieurement, comme Marina Loiseau ou Malotru.

C’est vrai, les émotions sont là. LE BUREAU DES LÉGENDES parle de dilemmes terribles entre les sentiments et le système, les valeurs et les passions. Nous voulons montrer des êtres complexes, pas toujours clairement lisibles. Il y a des histoires d’amour au sein de la DGSE, des attitudes ambiguës… Dans un couloir, le désir peut monter entre deux personnages qui sont en train de préparer un assassinat à 20 000 kilomètres de là…

Quels ont été les changements entre la première saison et celle-ci ? Qu’avez-vous appris ?

Nous avons fait le choix de placer l’action davantage sur le terrain – notamment à l’étranger –, ce qui nous permet de mieux apprécier les scènes de bureau. Je pense que grâce à cela on perçoit mieux comment des décisions prises entre quatre murs peuvent avoir des répercussions dans la réalité. Il y a une véritable interaction entre l’intérieur et l’extérieur, car la nouveauté, dans cette deuxième saison, c’est le voyage. On parcourt la région qui concerne Daech (Turquie, Syrie, Irak), mais la série présente aussi un Iran que les gens ne connaissent pas, celui d’une certaine jeunesse dorée qui vit une modernité cachée derrière les murs de ses villas et oblige le pays à bouger.

Comment s’est organisé le travail autour de votre rôle de showrunner ?

J’ai réalisé les deux premiers épisodes, puis cinq autres réalisateurs sont intervenus : Samuel Collardey (réalisateur du film TEMPÊTE) a mis en scène les épisodes 3 et 4, Élie Wajeman (LES ANARCHISTES) a enchaîné avec les épisodes 5 et 6, Laïla Marrakchi, les 7 et 8, et Hélier Cisterne s’est occupé des deux derniers. Antoine Chevrollier a réalisé toutes les scènes situées à l’étranger et tournées au Maroc. Une réalisation collégiale qui n’est possible que parce que je peux chapeauter le tout, faire en sorte que la série conserve son style propre, sa sobriété, malgré les différences de style de chacun. L’écriture s'est faite à plusieurs mains, comme l’année dernière. Autour de Camille de Castelnau et moi-même se trouvent Cécile Ducrocq, Raphaël Chevènement, Hippolyte Girardot… Le système est très hiérarchisé mais efficace car nous livrons ces dix nouveaux épisodes un an après les précédents. Je sais quand les choses marchent ou pas. Et là, ça marche !

 

Retrouvez la nouvelle saison du Bureau des Légendes à partir du 9 mai sur CANAL+, en attendant la saison 1 est déjà disponible en intégralité sur MyCANAL.

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  • 01 Mai 2016

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