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BARON NOIR : Entretien avec Kad Merad

  • Baron Noir
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  • 27 Janv. 2016

Le Baron Noir, c'est Kad Merad. Le comédien populaire dans tous les sens du terme endosse dans la nouvelle Création Originale le rôle du personnage complexe et ambivalent de Philippe Rickwaert. Loin des rôles qu'il avait joués jusqu'ici, il se confie sur son personnage et les défis qu'il a représentés.

Pourquoi avez-vous accepté d’être le Baron Noir, alias l’homme politique Philippe Rickwaert ?

KAD MERAD: J’ai accepté la proposition parce qu’elle est arrivée au bon moment : quand je ne m’y attendais pas ! Incarner un politicien, a priori, c’était loin de moi, même si je pense être capable de faire beaucoup de choses maintenant. D’habitude, je reçois des scénarios de comédie, des rôles plutôt classiques. J’ai lu les deux premiers scripts de Baron Noir qui m’ont impressionné parce qu’ils étaient denses et en même temps simples : dans cette série, nous sommes avec les gens, dans l’intimité politique.

Ensuite, j’ai vu L’Attentat, le film de Ziad Doueiri, cinéaste libanais qui a réalisé la série. Une claque. Ziad ne me connaissait pas et cela me changeait un peu… Il avait simplement vu SUPERSTAR de Xavier Giannoli, qui lui avait beaucoup plu.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le rôle ?

D’abord le fait que je ne connaisse rien à la politique. Quand Philippe Lioret m’avait demandé d’incarner le père de Mélanie Laurent dans Je vais bien, ne t’en fais pas, j’avais à peine 40 ans, pas d’enfant, et jouer le père d’une jeune femme de 20 ans me semblait de la science-fiction. Là, c’est pareil. La politique, ce n’est pas mon monde. Mais tout ce que je ne maîtrise pas m’intéresse.

Qu'avez-vous observé chez les politiques qui vous a inspiré ?

J’ai constaté que ces hommes et ces femmes se parlent comme dans une cour d’école : ils s’insultent, même s’ils utilisent parfois des formules de politesse qui ne servent à rien. Baron Noir me semble très réaliste sur ce point. Le langage employé, parfois assez ordurier, est celui des politiques. J’en connais quelques-uns. En privé, ils sont comme des agneaux, mais dès qu’ils entrent dans l’arène, quelque chose s’allume et les petites phrases sortent toutes seules. S’ils avaient le droit de se battre, ils se battraient !

Éric Benzekri, l’un des deux auteurs de la série, a très bien saisi cela – pendant vingt ans, il a écrit des discours pour le PS.

En même temps, ce terreau réaliste ne m’a pas empêché de créer mon personnage. Comme la série montre avant tout l’intimité politique, la marge de manœuvre était grande. Je me suis posé beaucoup de questions. Quand il a terminé un meeting, comment un animal politique parle-t-il à ses proches ? Est-ce qu’il a transpiré, est-ce qu’il a eu peur ? Est-ce qu’il a eu chaud ? Qui est-il vraiment ? C’est ce que j’ai essayé d’imaginer.

Philippe Rickwaert semble avoir constamment envie de se confronter aux autres.

Il n’a pas appris la politique dans les écoles, mais sur le terrain. C’est un fils d’ouvrier. Je le comprends. Moi aussi, je n’ai pas appris mon métier d’acteur dans les écoles : plutôt en faisant des sketches devant mes parents avant d’essayer ailleurs…

Le Président, incarné par Niels Arestrup, dit de Rickwaert à la fin du premier épisode : "Il est dingue, ce mec. C’est un fou dangereux." Mais c’est aussi un homme qui semble croire à son engagement.

Absolument. Quand il va rendre visite aux ouvriers de Clamex en lutte, le Baron parle la même langue qu’eux. Il mange des merguez, boit de la bière… Il se sent bien au milieu de ces gens, mieux que parmi les politiques. Il croit à ce qu’il fait, même s’il est prêt à tout. Pour moi, ce n’est pas un personnage fourbe qui joue un double jeu. Il ne joue qu’un seul jeu, mais ce jeu est impitoyable : Rickwaert est prêt à écraser tout le monde pour s’en sortir.

"La politique, ce n’est pas mon monde. Mais tout ce que je ne maîtrise pas m’intéresse."

Peut-être parce que c’est un homme très solitaire, qui n’est lié qu’à sa fille…

Je l’ai abordé en pensant que ce type n’avait pas d’amis. Personne, sauf sa fille, ne peut le détourner de son chemin. Il n’a aucune vie sociale, on ne le croise jamais au bar. Il ne se repose jamais. Il ne part pas en vacances. On le voit souvent en voiture, la nuit, toujours sur le qui-vive… C’est presque un agent secret !

"Mes personnages, je ne les invente pas : ils sont en moi, y compris le Baron Noir."

Rickwaert est souvent en représentation, mais aussi sombre et hanté dans l’intimité. C’est un homme à deux visages.

Ce double visage est jouissif à interpréter car il me représente aussi. Mes personnages, je ne les invente pas : ils sont en moi, y compris le Baron Noir. Il y a une scène dans le deuxième épisode où, angoissé par un appel qu’il vient de recevoir, il se tourne vers son équipe de campagne et arbore subitement un grand sourire. Il n’est jamais tranquille, mais il doit faire comme si, rassurer tout le monde.

C’est très agréable à interpréter, surtout quand on est bien dirigé. Ziad Doueiri a effectué un travail remarquable. Son intention était que tout soit nerveux. Il voulait une proximité avec les personnages, une humanité qui pousse à prendre des risques. Sur le plateau, l’atmosphère a été riche de prises d’initiatives. Les scénaristes étaient présents pour donner des conseils. J’étais encadré, jamais lâché.

En montrant un homme politique retors et magouilleur comme Philippe Rickwaert, comment éviter le discours du "tous pourris" ?

Il ne faut pas confondre le fantasme du "tous pourris" avec le fait que, souvent, la réalité de la politique est violente. BARON NOIR expose cet état de fait de la manière la plus juste possible. J’ai discuté avec quelques hommes politiques qui m’ont certifié que les choses se passent comme cela. L’idée d’être un leader, la conviction que cela nécessite, parfois, la violence symbolique qu’il faut pour y parvenir, tout cela existe. Je n’ai pas peur de montrer les coups bas et la manipulation. Oui, le président de la République peut parler de manière très différente dans le privé et en public. Ces gens font des arrangements, comme nous tous dans nos vies. En même temps, ce sont des hommes et des femmes que leur métier fait vibrer.

"Ziad Doueiri a effectué un travail remarquable. Son intention était que tout soit nerveux." 

BARON NOIR n’est pas une charge contre les politiques, mais elle n'est pas non plus à leur décharge. Dans une série, on a le temps d’installer des personnages sur la durée, d’éclairer toute leur complexité. C’est ce que l’on a voulu faire.

+ d'infos sur les personnages 

 

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