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Entretien avec Fabrice Gobert

  • Creation Originale
  •  
  • 05 Nov. 2012

Le créateur des Revenants répond à quelques questions autour de la série.

Entretien avec Fabrice Gobert

Comment la série LES REVENANTS est-elle née ?

La série avait été développée pendant plusieurs années avant mon arrivée sur le projet, en 2010. J’avais beaucoup aimé le long métrage de Robin Campillo. C’est en voyant mon film SIMON WERNER A DISPARU, au festival de Cannes 2010, que les producteurs de Haut et Court, Caroline Benjo et Jimmy Desmarais, ont perçu un univers en commun avec la série qu’ils voulaient développer. Ils m’ont parlé d’écrire et de réaliser les huit épisodes. Comme on dit, c’est le genre de proposition qui ne se refuse pas !

Quelles étaient vos influences ?

LES REVENANTS a été préparée avec minutie, comme un film. À partir du pitch, que je trouvais fort, j’ai apporté des références, notamment le film de vampire réaliste MORSE du réalisateur suédois Alfredson, et des romans comme “Lunar Park” de Bret Easton Ellis et “La Maison des feuilles” de Mark Z. Danielewski. Finalement, je n’ai pas beaucoup parlé de séries ! Je voulais créer un univers assez réaliste d’où le fantastique pourrait surgir. Pour cela, l’apport d’Emmanuel Carrère a été déterminant pendant les quatre mois intensifs de notre collaboration, notamment pour libérer la durée des scènes, des situations et des émotions. Les idées les plus importantes sur l’équilibre entre réalisme et fantastique sont nées de nos discussions. J’ai découvert qu’Emmanuel était un puits de science en termes de récit fantastique ; il connaît Philip K. Dick par coeur. Il m’a aidé à comprendre ce que j’avais en tête, je crois que je n’y serais jamais arrivé sans lui. Pour les derniers épisodes, j’ai collaboré avec Fabien Adda, un jeune scénariste très versé dans le cinéma fantastique et fin connaisseur de séries en général. Il m’a été d’un grand secous pour emmener la série où je souhaitais l’emmener.

En France, depuis “Belphégor”, les séries fantastiques ont été oubliées. Vous partez presque de zéro avec LES REVENANTS.

Je n’ai pas eu spécialement envie de me démarquer des séries françaises, mais c’est vrai que je n’avais aucun modèle écrasant récent en dehors des séries américaines. Et, très tôt, nous étions sûrs que chercher à les copier constituerait une impasse. Nous sommes très loin, par exemple, de THE WALKING DEAD.

Le style visuel est très travaillé. Comment l’avez-vous élaboré ?

Je m’étais raconté que cette ville où les morts reviennent avait été construite récemment, formant un contraste intéressant avec les montagnes immobiles depuis des millénaires. Nous avons tourné à Annecy et dans les environs. J’ai été très influencé par le travail de Gregory Crewdson, qui prend des photos des “suburbs” américains en installant de l’étrangeté dans la façon d’éclairer les bâtiments. Avec Patrick Blossier, le chef opérateur, nous nous arrêtions tous les jours pendant une heure pour faire des plans fixes des montagnes, de personnages ou de lieux vides sous une lumière spéciale. L’idée était de transformer des décors banals en décors fantastiques. Tout le style visuel de la série découle de cette envie de rendre la réalité étrange.

Le récit est très éclaté, avec des flash-back et un mystère plus épais au fur et à mesure des épisodes...

Les morts qui refont surface subitement ignorent qu’ils sont morts. Les débuts d’épisodes nous racontent leur histoire. On en apprend aussi sur le passé des vivants et les trajectoires se mêlent. Rester linéaire m’aurait ennuyé. J’aime bien les récits qui posent des questions et donnent des réponses qui posent elles-mêmes d’autres questions... Les choses deviennent de plus en plus complexes, mais d’une manière assez fluide. J’ai essayé de parvenir à cet équilibre avec LES REVENANTS.

Parlons des acteurs : plusieurs générations sont présentes.

Pour faire croire à des événements aussi incroyables, il fallait des acteurs extrêmement talentueux. En écrivant la série, j’ai établi ma liste idéale qui comprenait Anne Consigny, Clotilde Hesme, Céline Sallette, Frédéric Pierrot, Grégory Gadebois… Cette liste est devenue réalité ! Yara Pilartz et Jenna Thiam, les “jumelles”, sont les magnifiques trouvailles de ma directrice de casting, Emmanuelle Prévost. Tous les acteurs, de Guillaume Gouix à Pierre Perrier en passant par Jean-François Sivadier, Ana Girardot, Alix Poisson ou encore Samir Guesmi, ont senti que j’avais besoin d’eux pour réussir. Nous avions un principe : aller toujours un peu plus loin, approfondir les situations, montrer en détail ce que provoque le retour des morts parmi les vivants. Nous avons visé la crédibilité et la justesse mais avec un certain sens du risque. J’avais besoin de comédiens qui se jettent à l’eau avec moi. J’ai été gâté.

Le groupe écossais Mogwai signe la musique planante et un peu angoissante. Pourquoi avoir pensé à eux ?

La musique étant un personnage à part entière, je voulais une réinterprétation des codes du genre fantastique. J’avais adoré le travail de Mogwai sur la bande originale du film ZIDANE, UN PORTRAIT DU XXIE SIÈCLE, et j’ai été ravi qu’ils acceptent de travailler avec nous. Avant même le début du tournage, j’avais des morceaux à faire écouter aux comédiens et au chef opérateur. Le thème du générique a été finalisé très tôt, avec l’étrangeté que je recherchais, ce côté tendu qui laisse de la place à la fiction. Dans la série, la musique dit toujours autre chose que les dialogues et que la situation. Mogwai a vraiment tapé dans le mille.

Diriez-vous que LES REVENANTS est une série sur l’intimité et le deuil ? Une fable fantastique ?

C’est tout ça à la fois. Le point de départ est le retour des morts envisagé non comme l’assaut d’une horde de zombies mais comme la somme de plusieurs retours qui vont bouleverser un groupe limité de personnes. Des hommes et des femmes qui n’étaient pas parvenus à faire leur deuil vont devoir accepter cette idée absolument fantastique : leur fille, leur soeur, leur amant, leur frère sont là à nouveau. Sans aucun souvenir de leur mort. Et avec le désir de reprendre leur vie là où ils l’avaient laissée. Je me suis attaché avant tout aux trajectoires émotionnelles. Avec l’idée qu’il est difficile de vivre avec ses fantômes, qu’ils soient absents ou présents.

Pourquoi ces morts reviennent-ils ?

Cette question de la raison de ces retours hante les personnages de la série, Revenants comme non-Revenants. Leurs interrogations sont finalement les mêmes que celles du téléspectateur : Pourquoi eux ? Pourquoi maintenant ? Sont-ils revenus pour de bon ? Sont-ils différents d’avant ? Ils cherchent des réponses, du sens… Mais ils doivent accepter cette idée si étrange et vivre avec. Au fur et à mesure des épisodes, leur perception du monde se met à changer. Tout devient de plus en plus étrange et terrifiant. L’idée était qu’à l’épisode 8 les personnages comme les spectateurs puissent accepter des choses qu’ils n’auraient pas acceptées à l’épisode 1. C’est le pari que je fais !

Vidéo : Interview de Fabrice Gobert - Les Revenants - Saison 1 (2012)
Dans cette interview, le créateur de la série, Fabrice Gobert, s'exprime sur l'écriture de la série, sa réalisation et ses influences.
 
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  • 05 Nov. 2012

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