L'actu des séries

Roberto Saviano à propos de Gomorra La Série

  • Séries étrangères
  •  
  • 14 Janv. 2015

L'auteur du livre "Gomorra" s'exprime sur la série adaptée de son roman

Depuis 2006 et la sortie de "Gomorra : Dans l'empire de la Camorra", best-seller traduit dans une cinquantaine de pays, Roberto Saviano vit toujours sous protection policière. Membre d’un groupe de chercheurs de l’Observatoire sur la Camorra et l’illégalité, l’auteur s’est fort bien documenté et a mis au jour rapports d’enquêtes, faits réels et récits d’histoires individuelles.

De votre livre a été tiré un film, et à présent une adaptation télévisée : la troisième vie de "Gomorra", en quelque sorte. Quelle est la part de réalité et la part de fiction dans cette œuvre ? Et pourquoi une série télévisée ?
Parce que j’ai constaté qu’un trop grand nombre d’intrigues avaient été passées sous silence et qu’elles pouvaient être racontées dans une série. L’empire des entreprises criminelles, les conflits, les contradictions… Quantité de chroniques n’avaient pu trouver leur place dans un long métrage d’une heure et demie, faute de temps, mais aussi parce qu’il fallait qu’elles puissent frapper les spectateurs. Encore faut-il véritablement s’immiscer dans ce monde pour comprendre qu’au fond il est aussi le vôtre. Regarder une série pique la curiosité des téléspectateurs, qui ont envie de revenir au récit, de pénétrer cet univers. Au début, l’histoire vous paraît mystérieuse et singulière, surtout si vous n’êtes pas natif de Naples. Mais ensuite, au fil des épisodes, vous vous rendez compte que toutes ces choses font aussi partie de notre vie.
Rien de ce qui est raconté n’est le fruit de l’imagination. Tout a été assemblé et reconstitué grâce à la force de l’imagination, mais à partir de faits réels. Les protagonistes sont inspirés d’individus réels, sans être pour autant l’aboutissement d’une relation individualisée, qui serait extrapolée à grande échelle. En chacun d’eux se retrouvent différents personnages, tout comme chaque histoire se mêle à d’autres, celles de clans rivaux ou de clans mafieux contrôlant d’autres territoires. Somme toute, c’est une sorte de condensé que nous avons créé : chaque personnage est la somme de plusieurs vies, celles d’individus différents.

À quel aspect de cette adaptation avez-vous été le plus attentif ? Quelles "garanties" avez-vous exigées lors de la phase d’élaboration de ce projet ?
Une seule garantie a été demandée aux scénaristes et à Stefano Sollima, à laquelle tous ont accédé : exposer les mécanismes de la réalité, sans les simplifier ni les altérer. Il ne nous appartenait pas de proposer des solutions.

Pensez-vous que le fait de replacer les protagonistes dans leur quotidien permette de les présenter sous un jour moins négatif, moins distant ?
Le côté "humain" de chaque individu, y compris chez les criminels, ne les rend pas "vertueux" pour autant, ni ne justifie leurs actions. C’est aussi ce que nous souhaitions mettre en évidence dans la série. Il est normal qu’un spectateur puisse se dire qu’un homme né là-bas n'a pas pu agir autrement. Mais en parallèle il prend conscience que cet homme s’est retrouvé, à un moment donné, à la croisée des chemins, et a décidé.

Il vous a été reproché de jeter le discrédit sur ces territoires, de propager une image négative de Scampia. Qu’en pensez-vous ?
Plusieurs centaines d’assassinats sur fond de vendetta. Une organisation d’une violence incommensurable, aux ramifications internationales. Des votes achetés. La première plate-forme de trafic de drogue du monde occidental… Et je jette le discrédit sur ces territoires ? Ce sont donc ceux qui témoignent qui discréditent ces quartiers, et non ceux qui se livrent à ces exactions ? Parce qu’en fin de compte, si nous nous taisions, leurs actes risqueraient de passer inaperçus et il serait plus facile, par conséquent, de les affronter ? J’estime ce genre de raisonnement aberrant. Je me dois néanmoins de préciser une chose : Scampia abrite, en partie, une population respectable qui souffre de voir son quartier exclusivement dépeint comme un repaire de gangsters. À cette population, j’affirme que cette trame constitue un moyen d’action pour affronter ces contradictions en attirant l’attention sur elles. Ce sont à ces habitants de Scampia que je veux m’adresser, car ils sont respectables et droits. Et je leur demande de ne pas croire que ce récit ne serait que pure spéculation. Ce récit est un choix. Que ce qui a été écrit ou filmé plaise ou non, le choix de dénoncer le crime ne protège en rien de celui-ci.

Dénoncer les méfaits de la Camorra, c’est choisir de briser la loi du silence. Vous avez souvent tenu ces propos à la télévision. Avec le recul, feriez-vous le même choix ?
Je ne renie pas ce choix. Avec le recul, j’agirais, en revanche, différemment : j’essaierais de me protéger davantage. L’Italie est une terre cruelle. Il y a plusieurs années, Enzo Biagi m’a averti : "Ils te feront payer ce que tu as osé faire. Ce pays déteste ceux dont la langue se délie auprès d’un trop grand nombre." J’ai agi de la sorte pour des raisons professionnelles. Je suis fier de pouvoir vivre de mon métier et d’être en mesure de dénoncer ces histoires. De les rendre accessibles. Cette situation a ruiné plusieurs années importantes de ma vie. J’éprouve des regrets par rapport à cela, mais je ne renie rien ; peut-être aurais-je dû mieux me protéger sans prendre le risque de relever ce défi. Au lieu de cela, je me suis interdit de vivre ma vie au quotidien.

Gagnez le livre de Roberto Saviano

Gomorra La Série à partir du 19 janvier sur CANAL+

>> Le Site officiel

>> L'interview du réalisateur Stefano Solima

>> Extrait de la série

Vidéo : Gomorra La Série - à partir du 19 janvier 2015
La série adaptée du roman de Roverto Saviano arrive le 19 janvier sur CANAL+
 
  • Séries étrangères
  •  
  • 14 Janv. 2015

Commentaires

Et aussi sur CANAL+ et CANAL+ SÉRIES

Service LIVE TV Premium

Votre abonnement ne vous permet pas d'accéder au service LIVE TV Premium.

Découvrir le service LIVE TV Premium

EMBED

Fermer