Les personnages

ENTRETIEN AVEC HELENE FILLIERES

Rôle de SANDRA PAOLI



LA CINQUIEME SAISON DE MAFIOSA EST AUSSI LA DERNIERE. COMMENT AVEZ-VOUS ABORDE CE DEFI ?

Hélène Fillières :Dès la lecture des scénarios, je sentais l'idée de pousser le tragique et le destin encore plus loin que les années précédentes. Avant, ces notions flottaient comme un nuage noir au-dessus de la tête des personnages, mais cette fois c'était comme si tout allait s'arrêter. On trouve dans chaque scène l'idée de la fin imminente, inévitable. Je me suis nourrie de cette notion dans mon jeu, y compris dans des moments qui n'avaient rien à voir avec la tragédie. Par certains aspects, Sandra Paoli ressemble au personnage du SAMOURAÏ - je me suis beaucoup inspirée d'Alain Delon dans le film de Melville. Sandra accepte son destin mais reste insubmersible. Elle parle assez peu, elle n'en a plus besoin pour que l'on sache ce qu'elle pense. Tout est intégré, digéré par elle et le spectateur. L'avantage d'arriver aussi loin dans une série, c'est que les personnages sont devenus nos intimes. Avec le scénariste et réalisateur Pierre Leccia, nous partagions une connaissance approfondie de cette fille, avec une réelle complicité...


PIERRE LECCIA A REALISE TOUTE CETTE DERNIERE SAISON ?

Depuis la saison 4, il est aux commandes, réalisation et scénario. Pierre était le seul à pouvoir donner à MAFIOSA toute sa dimension. C'est très structurant de travailler avec quelqu'un qui sait où il va. Tous les gens dont il parle dans la série sont des créatures fictives créées à partir de ce qu'il connaît. Le moindre dialogue, le moindre geste n'a rien à voir avec un fantasme lié au monde des voyous et des criminels corses. C'est pour cela que MAFIOSA sonne si juste...


CETTE SAISON 5 EST MARQUEE PAR UNE ORIENTATION TRES FEMININE. ENTRE SANDRA PAOLI, CARMEN, et SAUDADE QUI SOUHAITE AVOIR UN ENFANT...

Pierre Leccia rend un très bel hommage aux femmes. Comme si chaque personnage représentait une facette des femmes. Il y a Sandra, avec sa maîtrise, son côté sphinx qui fait sa force mais aussi son fardeau, car elle se retrouve isolée. Ensuite il y a sa nièce, Carmen, chargée d'un douloureux fardeau également. Elle veut se venger. Tout son entourage la supplie de ne pas devenir le monstre qu'est Sandra, mais elle est déterminée et courageuse. Telle une version mutante de mon personnage... On sent en elle la rage d'une jeune fille qui devient femme. Je trouve très beau leur rapport sur l'idée de la transmission et de l'héritage. Et puis il y a cet autre personnage féminin que j'aime beaucoup, Saudade, totalement à l'opposé de nous deux, tendre, candide, amoureuse, qui désire être mère à tout prix. Elle est bouleversante, elle aussi. Alors que l'univers décrit par la série est a priori celui, phallocrate, des voyous, en réalité la vision des femmes que donne le scénario est tout sauf misogyne!




LE RAPPORT ENTRE LES SEXES A PRIS UNE AUTRE DIMENSION DANS CETTE DERNIERE SAISON.

Dans les premières saisons, il fallait installer cette situation inédite d'une femme qui prend la tête d'un clan. Illustrer un combat : le féminin face au masculin. Puis il y a eu l'histoire avec le frère de Sandra, Jean-Michel, qui avait du mal à accepter de passer derrière sa soeur. Pour Sandra c'était presque embarrassant de le dominer, ça a mal tourné, et elle a fini par le tuer. Dans la saison 5, même si Sandra veut se venger de ce que les hommes lui ont fait lors de la saison précédente (ils ont tenté de la tuer) son combat est ailleurs : elle n'a plus la volonté de les écraser. Elle veut être intégrée, dépasser la guerre des sexes, être acceptée comme leur égale. J'ai d'ailleurs un peu changé ma façon de jouer pour tenir compte de cette idée en adoptant une attitude plus asexuée.



COMMENT DEFINIRIEZ-VOUS L'EVOLUTION DE SANDRA PAOLI, SAISON APRES SAISON ?

Je dirais qu'elle est passée du féminin au masculin. Durant les premières saisons, pour s'imposer elle a dû jouer un rôle, à la limite de l'hystérie, comme chanter sur une table devant une assemblée masculine, et elle a dû subir des humiliations liées à son sexe... Dans cette cinquième saison, Sandra n'a plus rien à prouver. Elle se concentre sur ses obsessions, sur son pouvoir, de manière assez sombre. Dans les premières saisons, le feu de la rage s'allumait en elle. Maintenant le feu se consume. Il ne reste que des cendres à l'intérieur. MAFIOSA est une histoire d'apprentissage tragique.




DANS CETTE DERNIERE SAISON, SANDRA PAOLI SE RETROUVE DE PLUS EN PLUS SEULE ET DEMUNIE. ELLE PRONONCE CETTE PHRASE "CE N'EST PAS MOI QUI COMMANDE, C'EST LE SYSTEME"...

Sandra s'adresse à sa nièce à ce moment-là. Et elle a raison. La caricature voudrait qu'il y ait une structure pyramidale dans son clan, avec un parrain chef d'orchestre, mais cela ne se passe pas du tout de cette manière en Corse, contrairement au fonctionnement de la mafia sicilienne. Au bout du compte, Sandra est solitaire parce qu'elle est la plus lucide de tous sur ce qui se passe réellement. Dans cette saison, c'est assez évident. Le scénario tire moins de fils narratifs mais les exploite en profondeur. Il y a l'histoire de la vengeance de Carmen et l'intrigue autour des ferries pour lesquels Sandra se bat. On perçoit en filigrane l'idée d'une pathologie dans ce clan. L'appétit du gain des saisons précédentes me semble ici plus tragique et violent car il s'inscrit dans l'idée qu'il faut sortir de la tyrannie du système : ils veulent tous "raccrocher", en d'autres termes, lutter contre la machine qui les broient sans réaliser que c'est une autre version de la pulsion de mort qui les anime. Prendre le contrôle des ferries comme le fait de façon déterminée Sandra, ce n'est pas tant pour grossir et dominer que pour s'autodétruire sans s'en rendre compte.



QUEL SENTIMENT VOUS ANIME A L'ISSU DES CINQ SAISONS DE MAFIOSA ?

Celui d'un accomplissement. Un sujet comme celui-là ne pouvait être exploité beaucoup plus longtemps. Il fallait que cela se termine. Les personnes qui mènent ce genre de vie ne sont pas éternelles. Et la façon dont Pierre Leccia a clos l'histoire me semble très aboutie. En 2006, je n'imaginais pas être choisie étant donné mon parcours, celui du cinéma d'auteur, avec des rôles de jeunes filles fantaisistes. La magie de ce métier fait que d'autres vous voient à des endroits où vous ne savez même pas encore que vous devez aller ! Dans ma vie personnelle, au fil des années, ce personnage m'a endurcie. J'ai fini par accepter une forme de virilité, de dureté en moi... Sandra Paoli m'a appris à ne pas avoir peur.



EST-ELLE DESORMAIS VOTRE ALTER EGO?

Dans cette saison 5, Sandra Paoli, c'est mon "moi" idéal. Je la trouve parfaite, j'adore sa force, son impassibilité et son élégance. Son côté "dur au mal". Ce rôle est devenu une sorte d'autoportrait. D'ailleurs, dans la rue, en Corse et même à Paris, les gens me confondent totalement avec le personnage. Et j'en suis très fière. Sandra Paoli a beaucoup compté pour moi. Elle m'a donné la force de faire un film en tant que réalisatrice (UNE HISTOIRE D'AMOUR) et d'en prévoir d'autres. Je l'aime beaucoup. Elle me fait penser à cette phrase : "Une femme, c'est un homme qui pleure de temps en temps."...




 
 
 
 
 
 
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